Le Réseau des musiques du monde

12-13 - Musiques du monde, musiques citoyennes :l’enjeu du jeune public

18 avril 2013 - Paris mix - paris

En présence de :

Fawzy AL AIEDY, chanteur, musicien ;

Françoise DASTREVIGNE, directrice du Chantier, Centre de création desnouvelles musiques traditionnelles et du monde, à Correns ;

Vincent NIQUEUX, directeur général des Jeunesses musicales de France ;

Daniel VERON, chef du bureau de l’éducation artistique et des pratiquesamateurs au département des publics et de la diffusion de la Direction généralede la création artistique.

La table ronde est animée par FabienneBIDOU, directrice de Zone Franche.

Daniel VERON

Il y a un an, le candidat à la présidence de la République,François Hollande, annonçait sa volonté de lancer un plan national d’éducationartistique. Cette proposition n’était pas une nouveauté en soi puisque depuistrente ans les gouvernements ont formulé l’idée de lancer un plan de cettenature. Ainsi, en 1983 est intervenu le premier accord entre le Ministère de laCulture et le Ministère de l’Education Nationale. Il a été suivi en 1988 parune loi sur l’éducation artistique et en 2000/2001 par un plan de développementde l’éducation artistique.

Au sein du gouvernement actuel, Aurélie Filippetti etVincent Peillon ont essayé, malgré les difficultés, d’appliquer cetteorientation du Président de la République. Des consultations ont ainsi étéconduites au sein du Ministère de l’Education Nationale au cours de l’été. Enparallèle, Aurélie Filippetti a lancé en novembre dernier la consultationintitulée « Pour un accès de tous les jeunes aux arts et à la culture »,qui a donné lieu à un rapport publié en janvier. Cette consultation a permis d’entendre150 associations ou organisations en charge de l’éducation artistique enFrance et de dresser un bilan des politiques qui se sont construitesdepuis une trentaine d’années. Elle a mis également en exergue les failles del’éducation artistique dans notre pays. En l’occurrence, on estime queseulement 20 % des élèves sont touchés par une action d’éducationartistique chaque année.

Pour promouvoir l’éducation artistique dans notre pays, leMinistère de la Culture considère qu’il faut travailler avec l’EducationNationale car l’école est lieu par lequel passent tous les enfants. Pourautant, il souhaite également renforcer les pratiques en dehors du tempsscolaire. Son objectif est ainsi d’introduire une continuité entre les actionsau sein de l’Education Nationale et celles menées en dehors.

Force est de constater que l’ensemble du monde culturel necompensera jamais ce que ne ferait pas l’Education Nationale. Pour autant, ilne peut exister d’éducation artistique sans une rencontre avec les œuvres, unerencontre avec les artistes et une pratique artistique. Autrement dit, ledéveloppement de l’éducation artistique ne peut s’accomplir que si l’ensembledu monde culturel y est associé, dans le cadre d’un partenariat permanent.

La loi d’orientation de l’école, en discussion au Parlement,comporte des mesures, parfois symboliques, qui réaffirment la place del’éducation artistique à l’école. Ainsi, elle définit désormais un soclecommun de connaissances, compétences et de culture, alors qu’auparavant leterme « culture » n’était pas associé à ce socle commun. En outre,elle remplace la notion d’enseignement artistique par celle d’éducationartistique. Parallèlement à cette loi, une circulaire est en préparation sur leparcours éducatif. Celle-ci affirme que tout enfant, du début à la fin de sascolarité, doit suivre un parcours culturel, de rencontre avec lesartistes, et qu’il doit pouvoir rendre compte de ce parcours à la fin de sa scolarité.Enfin, le Ministère de la Culture envisage la mise en place de pointsterritoriaux d’éducation artistique et culturelle, dont la mission serad’œuvrer sur le terrain pour que chaque enfant puisse accéder à une éducationartistique.

Le collectif Scène(s) d’enfance et d’ailleurs a publié l’étédernier un manifeste intitulé « Quarante propositions pour le jeunepublic ». Nous essayons de travailler sur la façon dont ces propositionspourraient être mises en application.

Enfin, je terminerai par un sujet d’importance : laformation des acteurs (enseignants, animateurs, encadrants, etc.) quiparticipent à l’éducation artistique. Il s’agit d’un chantier très vaste qui,là encore, ne pourra se faire sans une implication du monde artistique etculturel.

Fabienne BIDOU

Quelles propositions peuvent être faites au jeunepublic ? Faut-il proposer des œuvres écrites spécifiquement pour ce publicou faut-il au contraire amener les jeunes vers les œuvres tous publics ?

Vincent NIQUEUX

On s’est souvent gargarisé de la démocratisation del’éducation artistique dans les écoles françaises. Pourtant, on s’aperçoit queseule une minorité d’enfants ont réellement accès à l’éducation artistique. Parailleurs, même s’il est vrai que l’on assiste aujourd’hui à une explosion del’offre « jeune public » sur le territoire, la musique reste unparent pauvre. Il est difficile de trouver des propositions où la musique a unepart importante.

La grande majorité des propositions des Jeunesses Musicalesde France ne sont pas le fait de spécialistes du jeune public. Nous travaillonsavec les artistes sur des œuvres « mises au format » du public visé.Ces artistes éprouvent un grand intérêt pour le jeune public. Certains ont des a priori, considérant par exemple qu’ilest nécessaire de mettre un nez rouge pour intéresser les enfants.Nous essayons d’appuyer cette rencontre avec les artistes sur une démarchepédagogique qui consiste à accompagner l’enfant, l’aider à découvrir, luiapprendre à écouter.

Enfin, il n’est pas facile de trouver des propositions enmatière de musiques du monde. Au cours des dernières années, sur la vingtainede programmes « musiques du monde » que nous avons lancés, quinzeavaient l’objet d’un travail de création spécifique.

Fawzy AL AIEDY

Je ne suis pas un spécialiste du jeune public, mais j’aimebeaucoup travailler avec les enfants. Lorsque j’ai commencé à me produire il ya trente ans dans les centres culturels, j’ai pu constater qu’il étaitimpossible de chanter en arabe devant un jeune public. Les enfants rigolaientet me regardaient de travers.

Pour composer pour les enfants, il faut se mettre à leurniveau. On ne peut pas composer des musiques difficiles pour ce public, nonparce que les enfants n’ont pas la capacité de comprendre mais parce que, commepour tout apprentissage, il faut d’abord qu’ils se familiarisent et qu’ilsapprennent à écouter et maîtriser ce langage à leur propre rythme.

Françoise DASTREVIGNE

Le Chantier organise des « étapes musicales » quifont se rencontrer des enfants et des artistes au travail. Les enfants ontainsi la possibilité de se confronter au processus de création artistique. Lesartistes, accueillis en résidence, présentent un extrait du répertoire qu’ilsont élaboré durant leur séjour et prennent le temps d’expliquer leur parcourset leur mode de travail.

Par ailleurs, nous avons initié un cycle d’animationspédagogiques destiné aux enseignants du premier degré et portant sur lesmusiques traditionnelles et musiques du monde.

S’agissant de laquestion de savoir s’il faut proposer des œuvres spécifiquement destinées auxenfants, il me semble que l’important est d’offrir aux enfants une variété d’expériencesde découverte de la musique. Le Chantier étant un lieu de création, nous nousinterrogeons bien évidemment sur notre programmation et sur ce qui peut êtrecréé pour le jeune public. Il y a trois ans, nous avons développé un projetd’ateliers musicaux qui s’est d’abord concrétisé avec Noces-Bayna, le groupe deFawzy Al Aiedy et Mickaël Vémian qui marrie les musiques traditionnellesfrançaise et arabe. Les enfants ont pu se produire sur scène, entouré demusiciens, et vivre ainsi une expérience unique. Quand nous avons voulurenouveler l’expérience l’an dernier, nous avons fait appel au groupe Moussu T,dont le répertoire est constitué de chansons en provençal.

Nous nous sommes vite aperçus que l’offre de créations pourle jeune public était relativement pauvre. C’est pourquoi nous avons décidé decommander des œuvres à des artistes. Cette année, nous avons ainsi demandé àEric Montbel, un joueur de cornemuse du Limousin qui propose des spectaclesautour du chant traditionnel et du conte, d’organiser un spectacle auquelparticiperaient des enfants. Il faut savoir que l’organisation de telsspectacles représente un coût non négligeable.

Fabienne BIDOU

Comment parvenez-vous à financer ce type de spectacle ?

Françoise DASTREVIGNE

Il n’existe pas de crédits spécifiques pour les spectaclesdestinés au jeune public. Nous avons donc mobilisé les crédits communs d’aide àla création dont nous disposons. Nous avons également bénéficié d’une aideexceptionnelle de la SACEM. Nous avions sollicité le Ministère de la Culturepour une commande d’Etat, mais nous n’avons pas obtenu de réponse.

Daniel VERON

Le Ministère propose effectivement un dispositif d’aide à lacréation musicale. La création musicale à destination des jeunes publicsentre dans ce cadre. Par ailleurs, au sein des Directions régionales desaffaires culturelles (DRAC), des comités d’experts peuvent aider à laréalisation de projets. D’une façon générale, nous nous interrogeons sur lesoutien du Ministère de la Culture aux créations à destination des jeunespublics. Nous sommes conscients de cette problématique.

Une autre question est celle de la réglementation autour desamateurs participant à un spectacle payant. Le Ministère du Travail est trèsvigilant à la notion de salariat et d’exploitation des enfants. Cette questionest en débat. Un projet de loi sur la création est actuellement en débutd’écriture.

Vincent NIQUEUX

Les Jeunesses Musicales de France consacrent une partie de leurbudget à la production d’œuvres, à hauteur de 60 000 à 80 000 eurospar an pour une dizaine de projets. Nous considérons que notre rôle estaussi d’apporter ce coup de pouce à la création.

Dans un contexte d’assèchement des crédits, nous assistons àune forme de redistribution, au sens où un certain nombre de collectivitésterritoriales opèrent une sélection et choisissent de travailler avec quelquesacteurs structurants sur des territoires prioritaires. Elles mettent enprésence toute une série d’acteurs (école primaire, collège, centre de loisirs,festival, école de musique, etc.) afin qu’ils collaborent autour de projetscommuns, et les collectivités sont même prêtes à assumer le financement. De ce pointde vue, la réforme des rythmes scolaires est aussi à prendre comme uneformidable opportunité.

Daniel VERON

Il ne faut pas oublier que le financement de la culture, eten particulier de l’éducation artistique, est assuré à hauteur d’au moins75 % par les collectivités territoriales. Je parlais tout à l’heure de lamise en place de pôles territoriaux d’éducation artistique. Leur enjeu estnotamment de mettre en cohérence ce qui est financé par les collectivités et cequi l’est par l’Etat. Les collectivités attendent de l’Etat d’une partl’impulsion et d’autre part l’expertise.

Fabienne BIDOU

Je vous propose d’évoquer à présent la question de lamédiation culturelle. Comment informer et former les personnes qui accompagnentles projets d’éducation artistique ? A qui doit revenir la charged’accueillir les enfants lors du temps périscolaire ? Doit-il s’agird’animateurs sensibilisés à la question artistique ou bien d’acteursartistiques et culturels ?

Françoise DASTREVIGNE

Notre équipe comporte un médiateur qui assume également unefonction de chargé de communication. Nous travaillons ensemble sur laconception des projets et leur organisation. Des assistantes s’occupent parailleurs du suivi logistique.

S’agissant de la médiation au sens large, nos interlocuteursà l’Education Nationale sont les conseillers pédagogiques pour le premierdegré. Pour le second degré, une chargée de mission sur le territoireassure le lien entre les structures culturelles et les collèges et lycées.Nous avons également pour interlocuteurs les inspecteurs de l’EducationNationale. Au sein des écoles de musique, ce sont les directeurs qui jouent cerôle de médiation.

Daniel VERON

Les médiateurs sont-ils nécessaires ? Pour moi, laréponse est oui. Le travail avec du public jeune nécessite un accompagnement.La rencontre avec l’œuvre et l’artiste ne suffit pas. Dans le cas d’un jeunepublic, la médiation concerne aussi l’encadrement. Il faut en effet accompagnerles professeurs et les animateurs.

L’éducation artistique vise d’abord à ce que les enfantssentent et ressentent cette rencontre avec l’art et la culture. Mais elle doitaussi inciter les enfants à parler de cette expérience. C’est précisément lerôle qui incombe au médiateur.

Je ne suis pas le mieux placé pour déterminer qui doit avoirla charge d’accueillir les enfants lors du temps périscolaire. Toutefois, il estcertain que les compétences des médiateurs ne sont pas toutes égales surl’ensemble du territoire. Un animateur titulaire d’un BAFA n’a pas les mêmescompétences qu’un artiste ou un professeur de musique, mais il possède desconnaissances. De plus, il peut bénéficier d’un accompagnement par le biais deformations.

Vincent NIQUEUX

La médiation est à la fois une notion fondamentale etcomplexe dans la mesure où elle peut recouvrir des réalités très différentes.De quelle médiation parlons-nous ? Spontanément, je serais tenté de direqu’il s’agit de la médiation qui permet l’accès aux œuvres. Mais la notionrecouvre aussi des missions d’organisation et d’accueil. Certains artistes sontdes médiateurs mais ils ne le sont pas tous. Il faut se garder de penser quepour un jeune public, tout artiste se doit de faire une animation.

La force des Jeunesses Musicales de France est qu’elles sesont appuyées depuis leur création sur un réseau de bénévoles. Ces bénévoles nesont pas des amateurs au sens péjoratif puisqu’ils possèdent de réellesqualifications et certains se consacrent à cette activité à plein temps. Ilss’occupent sur le terrain des relations avec nos différents partenaires(écoles, professeurs, etc.), contribuent à la sélection des spectacles,accueillent les artistes, etc. Nous menons actuellement une réflexion sur ceque seront les bénévoles de demain. A l’origine, ils disposaient d’uneautonomie budgétaire et s’occupaient de tout sur le terrain, dans un contexteoù les salles n’avaient pas d’offre pour le jeune public. La question ne seposait pas d’une collaboration plus approfondie. Aujourd’hui, beaucoup desalles sont prêtes à travailler sur le jeune public, mais neuf sur dix n’ontpas les moyens de la médiation. On peut ainsi voir se dessiner unecollaboration nouvelle entre les structures professionnelles qui ont les moyensd’une programmation et les médiateurs bénévoles. Ces derniers ne sesubstitueront pas au travail pédagogique des professionnels, mais ils peuventcontribuer de manière significative à la sensibilisation et l’information desjeunes publics.

Fabienne BIDOU

Quelle est la particularité du bureau de l’éducationartistique et des pratiques amateurs ?

Daniel VERON

Comme je l’ai dit en introduction, le Ministère de laCulture entend développer l’éducation artistique pendant et en dehors du tempsscolaire. Or l’éducation artistique périscolaire a nécessairement un lienintrinsèque avec la pratique amateur. Dans le domaine musical, la France peutse targuer de bénéficier d’un réseau de 450 conservatoires et de plus de2 500 écoles de musique. L’enjeu est de faire participer ces institutions aurenforcement du lien entre éducation artistique et pratique amateur.

La circulaire de juin 1999 signée par Madame Trautmann, àl’époque ministre de la Culture, soulignait que le Ministère de la Culture nes’était jamais suffisamment occupé des pratiques amateurs. Ce constat esttoujours vrai quatorze ans plus tard. La circulaire préconisait également ledéveloppement de centres ressources pour les amateurs. Parmi ces centresressources, figuraient au premier plan les conservatoires appelés à jouerun rôle d’orientation. Je constate aujourd’hui que certain conservatoiresjouent le jeu et sont une vraie ressource d’orientation, même si la situationest contrastée selon les territoires.

Par ailleurs, les enquêtes sur les pratiques culturelles desFrançais montrent que la pratiqueamateur s’est développée de façon significative, notamment dans les quinzedernières années. Si le rôle de l’éducation artistique est de sensibiliser etde donner un accès à l’art et la culture, il est aussi d’inciter les personnesà pratiquer. A cet égard, la circulaire Trautmann préconisait d’améliorerle niveau d’encadrement des pratiques amateurs. Je dois reconnaître quel’ensemble des grandes associations de praticiens amateurs ont accompli un travail conséquent dans ce domaine. Le niveau de formationde l’encadrement des pratiques amateurs a fortement augmenté au cours desquinze dernières années.

La circulaire Trautmann rappelait enfin qu’il n’était pasquestion pour l’Etat de financer les pratiques amateurs. Aujourd’hui, nousfaisons en sorte qu’à tout endroit du territoire, toute personne puisquetrouver un lieu où pratiquer dans de bonnes conditions. Pour le reste, ilrevient aux collectivités de lutter contre les inégalités d’accès dues auxressources financières. Celles-ci proposent par exemple un subventionnementpour les populations aux revenus les plus modestes.

Le soutien aux pratiques amateurs n’est pas la priorité duMinistère de la Culture. Les subventions dans ce domaine sont inférieuresà deux millions d’euros. En revanche, l’ensemble des structures financées parle Ministère de la Culture participent au développement de la pratique amateur.

Vincent NIQUEUX

Les Jeunesses Musicales de France ont pour ambition dedévelopper un plan d’accompagnement des pratiques. Nous souhaitons aidermodestement les projets locaux qui ne trouvent pas de financements.

Je signale par ailleurs que nous avons observé au cours dela dernière décennie un développement massif et souterrain des pratiquesen matière de musiques traditionnelles, notamment chez les adultes.

De la salle (Sébastien)

Comment expliquer qu’il y ait si peu de projets musicauxpour le jeune public ? A mon sens, une des raisons est que lorsqu’onessaie de monter des projets de cette nature, on se heurte à l’absenced’échange et de discussion artistique entre les musiciens (les producteurs) etles directeurs de salles. Pour créer le désir, il faut d’abord un échange etune discussion.

Françoise DASTREVIGNE

Effectivement, l’offre de spectacles de musiques du mondepour le jeune public est limitée. En revanche, j’observe un foisonnement inouïdes pratiques.

De la salle

Je fais le constat inverse de la personne de la salle quiest intervenue précédemment. En tant que productrice, je déplore que nous nesoyons pas assez souvent sollicités par les directeurs de salle.

Fabienne BIDOU

L’Office national de diffusion artistique a vocation àfaciliter la diffusion d’œuvres de spectacle vivant. Il est ainsi en contactavec un grand nombre de théâtres et de lieux pluridisciplinaires.

Je peux témoigner de l’étanchéité des milieux musicaux.Lorsqu’on fait partie d’un milieu musical, on a facilement accès à l’ensembledes acteurs. En revanche, dès que l’on cherche à sortir de son milieu, lesportes se ferment. Ce cloisonnement entre disciplines artistiques et même àl’intérieur d’une discipline est un phénomène très français.

Notre modèle français est très organisé autour d’une visionassez uniforme de la culture. Dans le domaine musical par exemple, il estcentré sur la musique occidentale. Ce modèle est un peu en bout de course,il ne sait pas être le reflet fidèle de la société contemporaine et ne parvient pas à trouver les bonnesréponses.

Vincent pointait l’émergence et le développement despratiques des musiques de tradition. Ces musiques se sont développées parcequ’elles ne sont pas accueillies par les institutions et ont dû trouver leurpropre voie, y compris en termes de financement. Mais aujourd’hui, cesinstitutions prennent conscience du phénomène et tentent de le récupérer.

Daniel VERON

Il me semble que les musiques de tradition sont plusprésentes dans les réseaux collectifs que dans les réseaux de musique au sensstrict du terme, ces derniers étant encore relativement fermés. En outre, il nefaut pas négliger la question du public et de ses goûts. A titre d’exemple,l’ouverture du jeune public à la musique classique est un problème majeur. Iln’est pas simple d’intéresser les adolescents et pré-adolescents à ce type demusique. De même, les enfants sont souvent réticents à l’idée d’assister à unconcert de musique du monde, y compris lorsqu’ils sont issus de milieux trèscultivés. Mais lorsque nous parvenons à les convaincre d’y assister, ils sonten général très contents de l’expérience. Quelle place peuvent prendre lesmusiques du monde ? C’est une vraie question.

Vincent NIQUEUX

Dans l’analyse des praticiens de la musique, on ne distinguepas assez la musique pratiquée et la musique écoutée. Je ne sais pas si c’estle cas pour les musiques du monde, mais ce constat est flagrant s’agissant dela musique classique. Les élèves des conservatoires fréquentent très peu lessalles de concert.

On observe aussi une forme d’autocensure chez lesenseignants, qui sont plus enclins à proposer un spectacle de musique actuellequ’un concert de musique traditionnelle ou de musique classique. Il se créemême une hiérarchie entre les types de musique. Or pour les enfants, cettehiérarchie n’existe pas. Si le concert est de qualité, ils l’apprécieront,quel que soit le style musical dont il relève.

Fabienne BIDOU

Il faut mettre fin à ce cloisonnement et à ce système régipar catégories. Il faut cesser de renvoyer l’enfant à une catégorie et de créerainsi un déterminisme dont il aura du mal à s’échapper. En tant qu’acteurs desmusiques du monde, il me semble que notre responsabilité est aussi d’œuvrerpour un décloisonnement et l’abandon des catégories. Il faut en finir aveccette idée qu’un enfant doit forcément aimer telle musique et ne pas aimertelle autre.

De la salle

Vous n’avez pas évoqué les spectacles destinés à la petiteenfance. En l’occurrence, l’offre dans ce domaine est pratiquement inexistante.

De la salle

L’association Enfance et Musique développe tout de même desspectacles vivants très intéressants pour la petite enfance.

Fawzy AL AIEDY

Une commande m’a été faite pour la réalisation d’un CDdestiné précisément à la petite enfance. Pour en revenir à la place desmusiques du monde, nous avons la chance d’habiter dans un pays démocratique quidispose de nombreuses structures dédiées à la culture. Ma seule revendicationtient au fait que nous n’avons pas accès aux médias. Les musiques du mondesont le plus souvent absentes de la télévision.

Daniel VERON

En guise de conclusion, je vous donne deux références. L’ouvragede Pascal Collin, L’Urgence de l’art àl’école, publié aux EditionsThéâtrales, fait le point sur l’éducation artistique. Par ailleurs, un grandcolloque international sur l’éducation artistique, IDEA 2013, se tiendra àl’Odéon les 8 et 9 juillet 2013.